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2e Forum de l’Ecologie : Faire avec la Nature

A Racquinghem, Salle Communale , le 3 Octobre, de 14h à 17h


BlandinForumStOmer

« Chacun doit prendre sa part du fardeau » argumentent gentiment dans le journal local les élus qui ont décidé la construction d’un nouvel incinérateur entre Arques et Saint-Omer. Le discours de la responsabilité et de la raison pour justifier un choix du passé, un choix contre l’avenir. « Et oui mon brave Monsieur, l’humanité produit des ordures, il faut bien s’en débarrasser, mais ne vous inquiétez pas, la technologie a beaucoup progressé, tout sera propre et sans danger. » Comme un nuage de Tchernobyl, comme un déchet nucléaire, comme une fibre d’amiante, comme une antenne-relais, comme une épidémie de cancers, comme un composé organique volatil.

S’il est une chose que le XXè siècle nous enseigne, c’est qu’il faut sortir d’une pensée linéaire, une pensée presque magique : un problème, une solution technologique. Le gouffre au bord duquel nous sommes nous pousse à penser complexe, à penser des cycles, des boucles, des effets papillons. Il est temps de franchir une nouvelle étape de l’évolution : conjuguer civilisation et survie de l’écosystème. La tâche est ardue, ne nous le cachons pas. La solution d’une gouvernance verte éclairée, dictée par des experts, imposée d’en haut, bardée de green-technologie et de green-business est un leurre. La solution n’est pas technique, même bien inspirée.

Il n’y a pas de solution toute prête, de vademecum du changement de civilisation. Il va falloir prendre le risque du changement, tous et toutes, amorcer un autre rapport au monde, au travail, à la vie. En réalité, ce n’est pas vraiment un risque parce sans changement de cap, nous allons docilement dans le mur. Alors persuadons nos voisins, nos amis, nos collègues de se mobiliser contre les incinérateurs, inventons d’autres façons de produire pour réintégrer un cycle cohérent d’échange avec l’écosystème, refaisons de la place à la forêt et aux zones humides, laissons les purifier notre air, éclaircir notre eau, enrichir les sols, enchanter nos promenades. Faisons avec la nature, et voyons ce qui se passe.

Finalement, il y a pire que de ne pas avoir d’autres choix que d’inventer.

La suite est entre nos mains, à nous tous et à nous toutes.

Marie Blandin, sénatrice du Nord


- Philippe Richard

Pneumologue, président de l’association pour la santé des habitants

PRINCIPE DE PRÉCAUTION

Est-il sérieux de penser que cet incinérateur dernier cri serait dangereux pour la santé ?

Depuis la publication des résultats définitifs de l’étude InVS en mars 2008, la pollution des anciens incinérateurs est unanimement reconnue. Cependant, cette étude ne permet pas d’incriminer un polluant particulier, ni une voie d’exposition. Certes, depuis 2002, les valeurs limites d’émission ont considérablement diminué. Mais pour quelques polluants seulement. La diminution des rejetsde quelques toxiques suffit-elle à rendre les nouveaux incinérateurs inoffensifs ? Non, car de nombreuses incertitudes demeurent. Par exemple, il est reconnu dans le dossier Flamoval “ que les effets des cocktails de molécules ne peuvent être évalués faute de données suffisantes “. Autre incertitude : un groupe de 27 experts de l’OMS affirme “ que l’émission de particules ultra fines devrait être étudiée et leurs effets nocifs potentiels examinés “. Notons que les études d’imprégnation de l’URMEL en juin 2008 et de l’InVS-AFFSA recommandent d’éviter l’auto consommation de volailles et d’oeufs à proximité des incinérateurs. Par ailleurs, il n’y a pas de normes sanitaires spécifiques pour les enfants dont on connaît pourtant la grande vulnérabilité. Enfin, rappelons que légalement, les incinérateurs peuvent émettre jusqu’à 60 heures par an sans filtres, ce qui entraîne d’importants dépassements de rejets de toxiques.

Vous demandez l’application du principe de précaution.

Oui, il s’agit d’un problème de santé publique, il est nécessaire que le débat scientifique ait lieu. Nous demandons donc l’application du principe de précaution et même, compte tenu de l’état sanitaire dramatique de notre région, nous allons jusqu’à demander un principe de protection. Il est établi que nous sommes dans la région ayant le plus mauvais état de santé de France avec une surmortalité par cancer de 29%. Nous sommes confrontés à des cancers touchant des sujets de plus en plus jeunes ou plusieurs membres d’une même famille simultanément. Ces cancers sont insuffisamment expliqués par la génétique ou le comportement individuel (tabac, alcool…). Nous découvrons depuis une dizaine d’années l’influence grandissante des facteurs environnementaux. Les professionnels de santé ont besoin d’un outil statistique pour évaluer les causes de cet excès de cancers. C’est pourquoi nous demandons la mise en place d’un registre des cancers. Je voudrais aussi rappeler que d’autres modes de traitement des déchets sont prioritaires sur l’incinération (Article 46 loi Grenelle 1 du 3 août 2009). En ce qui concerne Flamoval, le recyclage n’est pas optimisé et il n’y a pas de centre de valorisation organique.

- Emmanuel Cau

Vice-président du Conseil régional, membre des Verts

SAUVER LA NATURE ORDINAIRE

Notre problème dans la région, c’est ce que j’appellerais la nature ordinaire. Nous avons trois parcs naturels régionaux dans lesquels les écosystèmes sont sensiblement respectés. Nous avons aussi quelques petits espaces isolés et fragiles sur lesquels nous travaillons... mais tout cela ne représente que 13% du Nord-Pas-de-Calais. Sur le reste du territoire, la nature ordinaire est mal en point du fait, d’une part, de l’étalement urbain qui continue de grignoter l’espace et, d’autre part, de l’agriculture intensive qui transforme les milieux en désert biologique : plus d’insectes, plus de diversité, c’est le rouleau compresseur.

Du coup, qu’est-ce qu’on fait ?

On agit. Nous avons lancé le plan foret pour doubler sur trente ans la surface boisée de la région, qui ne représente que 8% contre 30% en moyenne en France et 40% en Europe, mais aussi un plan de protection des zones humides. Et, sans marchandiser la nature, pour être audible et compris, il faut aussi dire que l’argument n’est pas qu’esthétique : un hectare de forêt produit une richesse évaluée à 35 000 euros sur trente ans en purifiant l’air, en régulant le climat, en assurant le renouvellement des sols, mais aussi en fournissant du bois. Nous avons aussi lancé et fait voter par l’assemblée régionale la trame verte et bleue qui est un schéma pour protéger et remailler les écosystèmes, sur un territoire morcellés en 15 000 morceaux entre routes, autoroutes et lotissements. Mais sa mise en oeuvre est lente notamment parce qu’elle n’est pas opposable : on ne peut pas l’inscrire dans les plans locaux d’urbanisme, on ne peut pas préempter, on ne peut empêcher la construction d’une infrastructure.

Quelle est la solution alors, une vraie prise de conscience ?

Globalement elle a eu lieu, tout le monde sait qu’il faut protéger la nature, mais sans trop savoir comment. Pour certains élus, un parc avec un joli gazon anglais, c’est de la biodiversité. Il faut dire ce que la nature nous apporte et le traduire économiquement et financièrement puisque, on peut le regretter, c’est ce que chacun comprend immédiatement. L’autre point à travailler, c’est l’accès au foncier. Aujourd’hui, quand un agriculteur part et vend ses terres, il préfère, c’est compréhensible, assurer sa retraite en les vendant le plus cher possible, c’est-à-dire en terrain constructible. La collectivité n’a pas de mécanismes pour préempter des terres agricoles et les transformer en espaces naturels. Alors, la conversion de ces terres en agriculture biologique est une piste mais elle n’est pas suffisante, si l’on veut augmenter significativement la part d’espace naturel et enrayer la chute dramatique de la biodiversité dans la région.

- Nina Hautekèete

Biologiste, maître de conférence à l’université de Lille 1

IL EST ENCORE TEMPS

Faire avec la nature a longtemps été une évidence.

En effet, l’homme intervient sur son milieu depuis longtemps, puisque vers la fin des glaciations, il semble avoir modifié entièrement la chaîne alimentaire en éliminant les animaux de grande taille sur tous les continents. Cependant il faut noter que jusqu’à la moitié du vingtième siècle, l’action humaine entretenait une assez grande diversité biologique. Ce sont, par exemple, les pelouses à orchidées qu’on trouvait sur les coteaux calcaires pâturés autour de Desvres. Avec l’émergence de l’agriculture intensive, des pesticides, des engrais, avec l’abandon de l’élevage extensif, comme les ovins dans le cas de Desvres, avec la fragmentation des paysages, les écosystèmes ont été homogénéisés et fragilisés et la biodiversité a commencé à reculer.

Vous diriez que nous pouvons encore inverser la tendance ?

Non seulement nous le pouvons mais nous le devons. Les fonctions des écosystèmes sont riches et indispensables : production d’eau, d’oxygène, de nutriments pour les sols en abondance, régulation du climat, pollinisation, fourniture d’espaces de vie et de culture, etc. Malgré toute notre maîtrise technologique, nous sommes incapables de remplacer la nature. L’imperméabilisation des sols et la domestication des cours d’eau obligent à construire de coûteux dispositifs pour faire face aux crues. Les zones humides ne coûtent rien, elles servent d’espaces tampons et comptent parmi les écosystèmes les plus riches.

Vous seriez plutôt optimiste ou pessimiste pour la suite ?

J’ai longtemps été assez inquiète sur nos capacités à agir. Mais je trouve que ces derniers temps marquent une nette évolution, on ne ricane plus de la nature et des petites bêtes qui disparaissent. C’est rassurant car, en ce qui concerne la biodiversité, il est encore temps d’agir. La grande inconnue, cependant, reste l’ampleur et les conséquences du réchauffement climatique, et le temps qu’il nous reste pour agir.


REPORTAGE

4000 manifestants dans les rues de Saint-Omer, 98 associations, 12 000 signatures contre Flamoval... et à l’arrivée pourtant, une autorisation d’exploitation décidée il y a 6 mois par un préfet tout neuf. Porté par quelques élus autistes, le projet d’un incinérateur surdimensionné entre Saint-Omer et Arques tourne le dos à l’avenir. de la réduction des déchets au tri en passant par la méthanisation, les alternatives existent. il est encore temps de les imposer.

- Jacques Hermant

maire de Lynde

Mes collègues ont trahi les gens qui les ont élus. Quand on dit qu’il y a pas d’autres moyens que Flamoval, c’est faux, c’est un mensonge. On n’a pas cherché d’alternatives.

Quant au Préfet, il signel’autorisation d’exploitation en juin alors que l’incinération est contraire aux engagements du Grenelle de l’environnement. Lorsqu’on soulève cet argument, on nous répond que le dossier Flamoval est antérieur au Grenelle.

C’est comme si on découvrait un remède contre le cancer mais qu’on dise aux malades : ah non, vous avez déclaré la maladie avant la découverte, ce n’est pas pour vous. “

- Thierry Willaey

adjoint au maire d’Hazebrouck, membre des Verts

Flamoval, c’est 80 millions d’investissement pour supprimer 1000 emplois et mettre en danger notre santé. Bonduelle a en effet annoncé qu’il fermerait son usine de Renescure si l’incinérateur était construit.

Et tout ça, dans l’opacité la plus totale : en tant que membre du syndicat mixte Flandres-Morinie, qui a donc décidé qu’un incinérateur était la seule solution, j’ai dû aller au tribunal administratif pour obtenir des informations essentielles comme la quantité prévue et la quantité réelle de déchets à traiter. “

.

- Caroline Saudemont

conseillère municipale d’Arques

Un incinérateur, c’est une solution du siècle dernier. Brûler les déchets sans se soucier des conséquences, c’est une honte.

Il y a aujourd’hui des alternatives efficaces, à commencer par la réduction à la source et le tri.

Mais non, ici, on a pris cette décision absurde en catimini, sans aucune concertation avec les habitants.


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